Extraits, dans la traduction de C. Defrémery et B. R. Sanguinetti (1853-1858)
À propos de ce livre
Ibn Battuta naît à Tanger en 1304. À vingt et un ans, il part seul pour La Mecque, et ne revient au Maroc que vingt-quatre ans plus tard, après avoir parcouru l’Afrique du Nord, le Proche-Orient, l’Afrique de l’Est, l’Asie centrale, l’Inde et la Chine.
À Fès, le sultan mérinide Abou Inan lui demande de raconter ses voyages. Il les dicte au lettré Ibn Juzayy, qui leur donne leur forme : c’est la Rihla, l’un des grands récits de voyage de tous les temps.
Les pages qui suivent
Trois passages : le départ de Tanger, le retour à Fès, et les derniers mots du livre, écrits par Ibn Juzayy. Les dates y sont données en années de l’hégire, puis de l’ère chrétienne.
« L’Occident » que chante le poème cité par Ibn Battuta, c’est al-Maghrib : le nom arabe du Maroc.
Le texte est celui de la traduction française de Defrémery et Sanguinetti, libre de droits. Deux dates mal recopiées dans la version en ligne ont été rétablies.
Le départ de Tanger
Le cheïkh Abou Abd Allah dit ce qui suit : Je sortis de Thandjah (Tanger), lieu de ma naissance, le jeudi, 2 du mois de redjeb, le divin et l’unique, de l’année 725 (14 juin 1325 de J.-C.), dans l’intention de faire le pèlerinage de la Mecque et de visiter le tombeau du Prophète. (Sur lui soient la meilleure prière et le salut !) J’étais seul, sans compagnon avec qui je pusse vivre familièrement, sans caravane dont je pusse faire partie ; mais j’étais poussé par un esprit ferme dans ses résolutions, et le désir de visiter ces illustres sanctuaires était caché dans mon sein. Je me déterminai donc à me séparer de mes amis des deux sexes, et j’abandonnai ma demeure comme les oiseaux abandonnent leur nid. Mon père et ma mère étaient encore en vie. Je me résignai douloureusement à me séparer d’eux, et ce fut pour moi comme pour eux une cause de maladie. J’étais alors âgé de vingt-deux ans.
Ibn Djozay raconte ce qui suit : « Abou Abd Allah m’a dit à Grenade qu’il était né à Tanger, le lundi, 17 de redjeb de l’année 703 (24 février 1304) ». Mais revenons au récit du voyageur.
Le retour à Fès
Ensuite, j’arrivai à la ville de Tâza, où j’appris la nouvelle que ma mère était morte de la peste. (Que le Dieu très-haut ait pitié d’elle !) Je quittai Tâza, et entrai dans Fes ou Fez, la ville capitale, un vendredi, sur la fin du mois de cha’bân le vénéré de l’année 750 de l’hégire (le 8 novembre 1349 de J.-C.).
Je jetai le bâton de voyage dans le noble pays de ce souverain, après m’être assuré par un jugement incontestable que c’est le meilleur de tous les pays. En effet, les fruits y sont abondants, les eaux, les vivres s’y obtiennent sans difficulté, et bien peu de contrées jouissent de tous les avantages que celle-ci réunit. Aussi, c’est avec beaucoup de raison, qu’un poète a dit :
L’Occident est le plus beau pays du monde, et j’en ai la preuve ;
La pleine lune s’y observe d’abord, ou c’est de là qu’on l’attend, et le soleil se dirige de son côté.
Le livre s’achève à Fès
Ibn Djozay dit : « Voilà la fin de ce que j’ai rédigé, d’après l’écrit du cheikh Aboû ’Abd Allah, Mohammed, fils de Bathoûthah (que Dieu l’honore !). Aucun homme intelligent ne méconnaîtra que ce cheikh ne soit le voyageur de l’époque. Celui qui dirait : « C’est le voyageur de cette religion ou de cette nation musulmane », n’exagérerait pas. Notre cheikh, qui a pris le monde entier pour but de ses voyages, n’a choisi la capitale Fez pour demeure et pour patrie, après l’immense longueur de ses pérégrinations, que parce qu’il s’est bien assuré que notre maître (que Dieu l’assiste !) est le plus grand des rois de l’univers, celui qui possède le plus de mérites, qui multiplie le plus les bienfaits, qui a le plus de sollicitude pour ceux qui viennent le visiter, et qui donne le plus de protection aux personnages qui se consacrent à l’étude de la science.
« La transcription de cet ouvrage a été achevée dans le mois de safar de l’année 757 de l’hégire (février 1356 de J.-C.). Que Dieu rétribue celui qui le copiera ! »
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