Un livre de l’APML, l’Association des étudiants polytechniciens marocains de Lausanne
Pour aller plus loin
Ce troisième livre est pour celles et ceux qui ont déjà goûté au Maroc et veulent le comprendre de l’intérieur : les personnes qui ont fait son histoire, ses villes, ses livres et ses films, son économie, et ces règles que personne n’écrit mais que tout le monde connaît.
Chaque chapitre est une porte d’entrée. Derrière, il y a des bibliothèques entières.
Chapitre 1
Grandes figures
Bâtisseurs, savantes, voyageurs, résistants et champions.
Hier
- Fatima al-Fihri, IXe siècle
- Venue de Kairouan, elle fonde à Fès, en 859, la mosquée-université de la Qaraouiyine.
- Youssef ibn Tachfine, XIe siècle
- Le chef almoravide qui fait de Marrakech la capitale d’un empire, du Sahara à l’Andalousie.
- Zaynab an-Nafzawiyya, XIe siècle
- Son épouse et conseillère, l’une des femmes les plus influentes de l’histoire du pays.
- Ibn Battuta, XIVe siècle
- Le Tangérois qui a parcouru le monde, de Tombouctou à la Chine.
- Sayyida al-Hurra, XVIe siècle
- Gouverneure de Tétouan, elle tient tête aux flottes espagnole et portugaise.
- Moulay Ismaïl, 1672-1727
- Le sultan bâtisseur de Meknès, qui traite d’égal à égal avec Louis XIV.
Depuis un siècle
- Abdelkrim el-Khattabi
- Chef de la résistance du Rif, vainqueur à Anoual en 1921, inspirateur des luttes anticoloniales.
- Mohammed V
- Le sultan exilé en 1953, revenu en 1955, premier roi du Maroc indépendant.
- Fatima Mernissi
- Sociologue et écrivaine, l’une des grandes voix du féminisme dans le monde arabe.
- Nawal El Moutawakel
- Championne olympique du 400 mètres haies en 1984, première Africaine titrée aux Jeux.
- Hicham El Guerrouj
- Double champion olympique en 2004, sur 1 500 et 5 000 mètres.
- Les Lions de l’Atlas
- Demi-finalistes de la Coupe du monde 2022 : une première pour une équipe africaine et arabe.
Chapitre 2
Les villes impériales
Fès, Marrakech, Meknès et Rabat : chacune a été capitale, chacune a gardé son caractère.
Fès
Fondée à la fin du VIIIe siècle, Fès est la capitale spirituelle et savante du pays. Sa médina, Fès el-Bali, est l’une des plus grandes zones sans voitures du monde : des ânes et des charrettes à bras, dans des milliers de ruelles.
On y passe devant la Qaraouiyine, les médersas mérinides, les tanneries et, à chaque coin, un atelier. Fès el-Jdid, la « nouvelle » ville du XIIIe siècle, abrite le palais royal et l’ancien mellah.
Marrakech
Fondée vers 1070 par les Almoravides, Marrakech a donné son nom au pays : Maroc, Morocco et Marruecos viennent tous de Marrakech. En turc, en revanche, le Maroc se dit Fas, d’après Fès.
Au pied de la Koutoubia, la place Jemaa el-Fna se remplit chaque soir de conteurs, de musiciens et de fumées de grillades. Plus loin, les jardins : la Ménara, l’Agdal, et le jardin Majorelle, au bleu célèbre.
Meknès et Rabat
Meknès est l’œuvre d’un seul homme, Moulay Ismaïl, qui l’entoure de quarante kilomètres de remparts et la dote de greniers et d’écuries géants. Sa porte monumentale, Bab Mansour, est l’une des plus belles du pays.
Rabat, capitale depuis 1912, réunit la kasbah des Oudayas, la tour Hassan inachevée et le mausolée Mohammed V dans une ville moderne inscrite au patrimoine mondial. En face, sur l’autre rive du Bouregreg : Salé.
Et aussi
- Tanger
- La ville du détroit, entre Méditerranée et Atlantique, qui a inspiré peintres et écrivains.
- Tétouan
- La « fille de Grenade », rebâtie par les Andalous, à la médina blanche.
- Essaouira
- L’ancienne Mogador, port fortifié du XVIIIe siècle, ses alizés et son festival gnaoua.
- Casablanca
- La métropole Art déco, et la mosquée Hassan II, posée sur l’océan.
- Chefchaouen
- La ville bleue du Rif, fondée en 1471.
- Ouarzazate
- La porte du désert, ses kasbahs et ses studios de cinéma.
Chapitre 3
Lire et voir le Maroc
Des récits de voyage du Moyen Âge aux romans d’aujourd’hui, et un cinéma primé dans le monde entier.
Les voyageurs
Le Maroc a donné au monde l’un des plus grands voyageurs de l’histoire, Ibn Battuta, et l’un des premiers grands géographes de l’Afrique, al-Hassan al-Wazzan, dit Léon l’Africain, élevé à Fès, dont la Description de l’Afrique paraît en 1550.
Il a aussi été beaucoup raconté par d’autres : ambassadeurs, peintres, romanciers. Plusieurs de ces livres, libres de droits, vous attendent sur l’étagère du bas.
Des livres
- Driss Chraïbi, Le Passé simple, 1954
- Un fils contre son père et contre l’ordre établi : le roman qui a fait scandale.
- Mohamed Choukri, Le Pain nu, 1973
- Une enfance dans la misère, du Rif à Tanger, racontée sans détour.
- Tahar Ben Jelloun, La Nuit sacrée, 1987
- Prix Goncourt : un conte sur l’identité, entre rêve et réalité.
- Fatima Mernissi, Rêves de femmes, 1994
- Une enfance dans un harem de Fès, et le désir de liberté.
- Leïla Slimani, Le Pays des autres, 2020
- Une saga familiale à Meknès, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
Des films
- Ali Zaoua, prince de la rue, Nabil Ayouch, 2000
- Les enfants des rues de Casablanca, entre dureté et rêve.
- Le Bleu du caftan, Maryam Touzani, 2022
- Un maître tailleur de Salé, son épouse et son apprenti : un film d’une grande délicatesse.
- La Mère de tous les mensonges, Asmae El Moudir, 2023
- Avec des figurines, une réalisatrice reconstitue la mémoire de sa famille. Primé à Cannes.
- Les studios de Ouarzazate
- Ils ont accueilli Gladiator, Kundun et Game of Thrones.
Chapitre 4
Le Maroc d’aujourd’hui
Un pays qui construit vite, entre l’Afrique et l’Europe.
Une économie qui change
Le Maroc détient environ 70 % des réserves mondiales connues de phosphates, essentiels aux engrais. Mais l’économie s’est diversifiée : en 2024, le pays est devenu le premier producteur automobile d’Afrique, avec ses usines de Tanger, Casablanca et Kénitra.
Tanger Med, ouvert en 2007, est le premier port à conteneurs d’Afrique et de Méditerranée. Depuis 2018, le train à grande vitesse Al Boraq relie Tanger à Casablanca : une première en Afrique.
Le soleil et le vent
Pauvre en pétrole et en gaz, le Maroc mise sur le soleil et le vent. Près de Ouarzazate, le complexe Noor compte parmi les plus grandes centrales solaires thermodynamiques du monde.
L’objectif : que les énergies renouvelables représentent plus de la moitié de la capacité électrique du pays en 2030. En juin 2026, la ministre Leila Benali est venue en parler à l’EPFL, invitée par l’APML.
Grands rendez-vous
En 2022, au Qatar, les Lions de l’Atlas atteignent les demi-finales de la Coupe du monde, et tout un continent fait la fête. En 2023, l’équipe féminine dispute sa première Coupe du monde et passe la phase de groupes.
En 2030, le Maroc accueillera la Coupe du monde avec l’Espagne et le Portugal : stades, trains et aéroports se transforment en vue de l’événement.
En septembre 2023, quand un séisme frappe le Haut Atlas, l’élan de solidarité de tout le pays envers les villages touchés marque les esprits.
Chapitre 5
Les codes du quotidien
Ce que personne ne vous expliquera, parce que tout le monde le sait.
L’art de la conversation
On dit rarement non de front. Un inchallah, un « on verra », un sourire : à vous de lire entre les lignes. De même, on ne vous dira pas directement ce qui gêne ; on vous le fera comprendre.
Entre amis, l’heure est souple : une invitation « à 20 heures » commence souvent plus tard. Au travail et à l’université, en revanche, on est à l’heure.
Et quand on vous dit daba, « maintenant », cela peut vouloir dire tout de suite… ou dans un moment.
Des mots qui disent beaucoup
- Tbarkallah
- « Que Dieu bénisse » : pour complimenter quelqu’un sans attirer le mauvais œil.
- Bssaha
- « À ta santé » : pour un vêtement neuf, une coupe de cheveux, la sortie du hammam.
- Allah y’tik saha
- « Que Dieu te donne la santé » : pour remercier quelqu’un de son travail.
- Allah yrham lwalidin
- « Que Dieu ait pitié de tes parents » : le plus beau des mercis, et une façon polie de demander un service.
- Mabrouk
- Félicitations : pour un diplôme, un mariage, une naissance, un nouvel appartement.
- Safi
- C’est bon, ça suffit : le mot qui clôt une discussion, un marchandage ou un repas.
Recevoir et être reçu
L’invité est sacré : on lui donne la meilleure place et la meilleure part, et on insiste pour qu’il se resserve. Pour refuser poliment, posez la main sur le cœur et dites chba’t, hamdoullah : « j’ai assez mangé, Dieu merci ».
On n’arrive jamais les mains vides, et l’on rend toujours une invitation.
Au hammam, on se lave ensemble, entre hommes ou entre femmes, au savon noir et au gant de crin, la kessa : un moment de détente et de conversation.
Celui qui veut du miel doit supporter la piqûre des abeilles.
Triq salama, bonne route !
Vous en savez désormais plus que bien des voyageurs. Le meilleur reste à vivre : un thé partagé, une fête, une conversation qui dure jusqu’à minuit.
Les livres de l’APML racontent ce que nous faisons à Lausanne, année après année. Venez écrire la suite avec nous.