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al-Ghassani, 1691

Voyage en Espagne d’un ambassadeur marocain

L’envoyé du sultan Moulay Ismaïl visite Cordoue et rencontre à Madrid des descendants des Andalous.

9 pages

Extraits, dans la traduction d’Henri Sauvaire (1884)

À propos de ce livre

En 1690, le sultan Moulay Ismaïl envoie son secrétaire, al-Ghassani, à la cour du roi d’Espagne Charles II, pour obtenir la libération de captifs musulmans et le retour de manuscrits arabes.

De Cadix à Madrid, l’ambassadeur traverse l’Andalousie, où il retrouve partout les traces d’al-Andalus, l’Espagne musulmane. Il tient le récit de ce voyage : c’est l’un des premiers regards marocains sur l’Europe.

Les pages qui suivent

Deux passages : Cordoue et sa grande mosquée, devenue cathédrale, puis une rencontre à Madrid avec un descendant des Andalous. Les dates sont en années de l’hégire.

Les Oulâd es-Sarrâdj sont les Abencérages, l’une des grandes familles du royaume de Grenade.

Le texte est celui de la traduction française d’Henri Sauvaire, libre de droits.

Cordoue

Cordoue est une grande cité, une des capitales de l’Espagne. Elle était autrefois une résidence royale. C’est là que résidaient les gouverneurs de l’Andalos, avant l’entrée d’ʽAbd er-Rahman, fils de Moʽâwiah. En l’année 168, ʽAbd er-Rahman se transporta d’Er-Résâfah, où il habitait, à Cordoue, et fit de cette dernière ville le siège de son empire et la capitale de sa souveraineté et de son khalifat ; elle fut la résidence des princes Omayyades depuis le règne d’ʽAbd er-Rahman ed dâkhel et d’autres parmi ses prédécesseurs et ses successeurs. La ville est située au pied d’une montagne qui s’appelle Sierra Morena et sur la rive du fleuve nommé le Wâdy’l Kabîr (Guadalquivir) qui descend des montagnes de Bayâsa (Baeça), des montagnes de Djayân (Jaen) et d’autres. Les chrétiens donnent au fleuve le même nom qu’il portait pendant la domination musulmane. C’est le plus grand de l’Andalos entière ; tous s’y réunissent. Il passe à Séville et se jette dans la mer à San Lucar. Au dehors de la ville de Cordoue, on voit un nombre incalculable de vergers, de jardins et de toutes sortes de vignobles.

Le lendemain nous quittâmes Cordoue après avoir examiné en détail sa grande mosquée-cathédrale si célèbre et dont la renommée s’étend au loin. C’est une mosquée immense, très solidement bâtie et dont la construction est d’une grande beauté. Elle contient trois cent soixante colonnes, toutes en marbre blanc ; entre chaque deux colonnes est un arc surmonté d’un autre arc.

Une rencontre à Madrid

J’ai rencontré un jour à Madrid un personnage dont le nom m’échappe en ce moment : il était dans une voiture lui appartenant et plusieurs dames, les unes jeunes, les autres âgées, mais toutes d’une grande distinction et d’une beauté remarquable, l’accompagnaient. Il s’arrêta et, après nous avoir salués à plusieurs reprises, il nous témoigna, ainsi que les dames qui étaient avec lui, beaucoup d’affabilité et de prévenances. Nous répondîmes comme nous le devions à sa courtoisie. Lorsqu’il voulut partir, il se fit connaître, en disant : « Nous sommes de la race des Musulmans, de la descendance des Oulâd es-Sarrâdj. » Dans la suite je m’informai de lui et il me fut répondu qu’attaché au ministère d’État en qualité de secrétaire, c’était lui qui était chargé de lire les requêtes, les pétitions et autres pièces du même genre.

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